mercredi 14 mars 2012

La Guilde de la Grenouille

Quelles étonnantes grenouilles que celles-ci ! Bien éloignées des batraciens usuels, elles se complaisent dans les mailles d'acier plutôt que l'eau fraîche, se revêtent de rouge vif plutôt que de vert, et pompent dans leurs veines un sang ardent quand vient l'heure de batailler.
En effet, cette association médiévale est presque totalement constituée de combattant(e)s. Son capitaine, la Grenouille, la définit comme un regroupement de mercenaires, soldats piétons, fantassins, écumant routes et campagnes au XIII° siècle. Cela donne le ton : ici, points de troubadours, de fileuses de laine et de clercs calligraphes, nous sommes dans un registre martial. D'ailleurs, les râteliers postés devant le campement regorgent d'armes, et elles ne sont pas toutes d'apparat.
Car les temps de "fêt-mèd" que préfèrent les grenouilles sont les combats. Tantôt sur des moments inscrits aux programmes des offices du tourisme, devant des dizaines de spectateurs, tantôt à un coin de ruelle ou au sommet d'une tour face à quelques familles chanceuses d'être au bon moment.
Même s'il s'agit de combat historique, l'escrime médiévale des Grenouilles est instinctive plutôt que chorégraphique ; cet esprit guerrier, toujours...  A les voir croiser le fer en criant, on sent bien qu'il n'y a pas cette « zone de confort », cette tiède fluidité qui transparaît lors des combats codifiés aux enchaînements maintes fois répétés que pratiquent de nombreuses compagnies médiévales.
Coups de Jarnac, déstabilisation, assaut au bouclier, les Grenouilles sont nerveuses et n'hésitent pas à user de moyens peu chevaleresques pour faire choir l'adversaire. « Mais on ne fait pas n'importe quoi », tempère le capitaine : " Nous respectons les règles d'usage et quand on se bat près des passants, un copain fait barrière avec une lance à l'horizontale pour nous empêcher de heurter quelqu'un.  Et puis nous connaissons nos limites. Certains d'entre-nous sont de bons sportifs et ont une longue expérience en arts martiaux. "
La Guilde de la Grenouille ne fait pas que guerroyer et faire bombance !
Marie-Boulette, vice-présidente de l'association, a reconnu qu'il y a un réel intérêt à faire en sorte que le public des fêtes médiévales devienne acteur au lieu de simple spectateur/consommateur. Les adultes sont plus réservés, mais les enfants adorent le moyen-âge. Alors on a trouvé des petits casques d'acier, on a fait faire des lances courtes à bouts ronds, et on appelle des enfants à enfiler le tabard, le heaume et à lever les lances le temps d'une mini-patrouille de 15 minutes pendant que les parents attendent au camp. Sur le trajet en ville, les enfants, chaperonnés par une des grenouilles, jouent les gros bras, interpellent les familles qui s'amusent de se voir sommés par des bouts de chou hauts comme cinq pommes."
La question que tout le monde se pose : Pourquoi la Grenouille ? Le Capitaine répond : "Premièrement, c'est mon animal-totem. Ensuite, la grenouille au Moyen-âge est une créature ambivalente : symbole de vitalité, de force, de renouveau, elle porte selon la théologie chrétienne une part de ténèbres. Ca colle à fond avec le projet de la troupe. La grenouille était aussi un animal important dans le quotidien, que les gueux n'hésitaient pas à manger en période de disette. D'ailleurs certains historiens pensent que la fleur de lys des Francs est en fait la stylisation d'une grenouille... Et enfin, la simplicité du dessin convient bien aux blasons du XIII° siècle, qui comportaient peu de détails et de couleurs."

jeudi 8 mars 2012

Être femme... médiévale

  • Non! Chaque femme n'est pas en quête de son prince charmant, elle sait qu'il n'existe pas. C'est la désillusion d'un mythe moderne dont on se passerait bien. Par contre, celui du mariage beaucoup de femmes et d'hommes y croient encore, bien qu'une certaine érosion se fasse ressentir d'année en année. C'est au XIIIème siècle que le mariage chrétien s'invente. Les fondements sont la monogamie, la pérennité mais surtout l'approbation parentale. Dès l'adolescence, ce sont les parents qui forment les couples et donc leurs liens matrimoniaux à venir et indissolubles. Quoique… si l'épouse ne donne pas de descendant, le mari se met souvent à côtoyer d'autres femmes qui pourront engendrer des héritiers. L'homme peut alors répudier la femme qu'il a épousé.
  • Ne pas être en mesure d'avoir des enfants est dangereux et en avoir pouvait s'avérer risqué également. Comme chacun le sait, beaucoup de femmes meurent à l'accouchement par manque d'hygiène et de moyens. La césarienne n'est autorisée qu'en cas de décès de la mère. Le taux de mortalité en couches est élevé au moyen-âge, ainsi que les abondons et infanticides.
  • Légale, la prostitution ne suffit pas à canaliser tous les instincts et parmi les crimes commis, le viol en fait partie. Les sanctions sont différentes selon le rang social de la victime.  S'il s'agit d'une femme engagée, d'une chaste ou religieuse la sentence peut aller jusqu'à la pendaison. Par contre il écope seulement d'une amende sous forme d'indemnité à la victime si cette dernière est issue d'un contexte plus insignifiant. [Voir le tome I de la saga Castel-Bayart "Les catins médiévales"]
  • La femme médiévale doit (idéalement) être élancée, avec la taille mince, les jambes longues, la poitrine haute et petite. Les poitrines généreuses sont bannies et doivent donc être bandées.  Cela évolue ensuite vers la forme incurvée d'un S : la tête légèrement inclinée vers l'avant, la poitrine effacée, le ventre et les hanches projetés vers l'avant. 
  • Les femmes participent activement à la vie économique.  En ville, elles travaillent dans le commerce, le textile et l'alimentation. En campagne, elles aident également leurs maris aux travaux des champs et de la ferme. Lingères, bonnetières, couturières, tavernières, blanchisseuses sont donc des métiers que les femmes du moyen-âge ont occupés.  Déjà il y a plusieurs siècles, les salaires féminins sont très inférieurs aux salaires masculins. Comme quoi ça n'évolue pas vite !
''Que ce soit à travers le jeu de la courtoisie ou le mariage, la femme du Moyen Âge demeure un objet. Investigatrice du péché originel, on soupçonne la femme de porter l'hérésie, de porter le maléfice, le poison. Le sexe féminin est considéré impétueux, incapable d'assouvissement et dévorant. Les chevaliers n'ont qu'un seul remède pour vaincre ces corrompues et corruptrices (Ève) : le mariage. En effet, ce dernier désarme totalement la femme en la rendant mère. Pour elle, une grossesse n'attend pas l'autre, et ce, avec une chance sur deux d'en mourir. Ceci favorise... la polygamie.''                Chaucer

mardi 28 février 2012

Fléau d'arme à deux lingots

Le fléau d’arme à double lingots, aussi appelé goupillon (deux masses minimum) est une arme dangereuse, tant pour l'utilisateur que pour la cible. Au manche peuvent être attachées une, deux ou trois chaînes lestées de lingots de formes différentes. Il est parfois conçu pour être utilisé à deux mains. Le fléau d'arme est une arme constituée d'une masse lourde reliée par une chaîne au bout d'un bâton plus ou moins long. Dérivée de l’outil agricole servant à battre les épis. C’est donc une arme de choc. 

Au moyen âge, ces armes sont utilisées par les piétons, mais aussi par les chevaliers pour attaquer les ennemis à terre, grâce à l'allonge supplémentaire procurée par la chaîne.
Contre un adversaire équipé d'un bouclier, la flexibilité du lien permet à la masse de se rabattre sur l'adversaire quand elle passe par-dessus le bouclier. De plus, l'articulation augmente le moment de force de la frappe, frappant avec plus de violence. L'articulation rend la transmission de force sensiblement différente d'une arme non-articulée (pas de choc retour sur le manche dû à l'impact).
Par contre, son maniement malaisé demande un plus grand entraînement sous peine de se blesser et, un certain espace est nécessaire pour frapper. Toute parade est particulièrement difficile, d'où la nécessité d'un bouclier.

Ces armes terribles sont surtout utilisées en Allemagne et en Suisse ; en revanche il semble qu'elles ne sont pas souvent employées en France. Il en est rarement question dans les romans et chroniques. Les manuscrits des XIIème, XIIIème, XIVème siècles ne figurent qu'exceptionnellement des fléaux dans leurs vignettes. 

vendredi 24 février 2012

Expression " C'est une autre paire de manches"


Techniquement les manches étaient détachables du reste du vêtement du moyen-âge. Selon les activités on changeait ses manches : une paire pour la toilette, une pour la chasse, une autre pour conter fleurette... Changer de manches, c'était donc changer d'activité.

mercredi 15 février 2012

Cher doigt, quel honneur !


C'est au moyen âge que le doigt d'honneur prend sa signification, qui ne changera pas d'un iota au cours des siècles. Lorsque les combattants anglais et français se faisaient face à très courte distance durant la guerre de 100 ans, chacune des armées se moque à grand coup de railleries. Les archers anglais habiles et précis narguaient les français en exhibant leurs doigts si experts pour bander la corde de leur arc. De ce fait, lorsqu'un archer est capturé, il est relâché avec... deux doigts en moins.
De nos jours les Anglais utilisent toujours ce geste avec 2 doigts tandis qu'en France, un seul suffit pour signifier la même intention.